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Aides et dispositifs d’embauche

Contrat de professionnalisation, mode d'emploi

Expliquer le fonctionnement du dispositif, ses publics et ce qu'il change pour le candidat.

Lucas Boutin

Lucas Boutin
Ancien chargé de recrutement en entreprise ·

Signature d'un contrat de professionnalisation sur un bureau, avec stylo et documents administratifs

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Le contrat de professionnalisation souffre d’un problème d’image : on le croit réservé aux jeunes, on le confond avec l’apprentissage, et beaucoup de candidats passent à côté d’une entrée efficace vers un métier. Ses règles sont pourtant claires, encadrées, et elles laissent peu de place à l’improvisation. Ce guide reprend chaque étape, du repérage du public éligible jusqu’à l’embauche à la sortie du dispositif.

Qui peut signer un contrat de professionnalisation

Le périmètre est plus large que ce que l’on imagine. Plusieurs familles de publics sont concernées, et chacune correspond à une situation différente.

  • les jeunes de 16 à 25 ans révolus qui souhaitent compléter leur formation initiale ;
  • les demandeurs d’emploi de 26 ans et plus, qu’ils soient ou non inscrits à France Travail ;
  • les bénéficiaires du revenu de solidarité active, de l’allocation de solidarité spécifique ou de l’allocation aux adultes handicapés ;
  • les personnes sorties du système éducatif sans diplôme ni qualification professionnelle reconnue ;
  • les personnes en situation de handicap, pour lesquelles la durée du contrat peut être allongée ;
  • les personnes qui reprennent une activité après une longue interruption, par exemple à la fin d’un congé parental.

Deux conditions comptent davantage que l’âge affiché. Le contrat doit déboucher sur un diplôme, un titre professionnel ou une qualification reconnue par une convention collective de branche. Et le bénéficiaire ne doit pas déjà détenir cette qualification : le dispositif sert à acquérir un savoir-faire, pas à faire valider ce que l’on maîtrise déjà. Un candidat déjà titulaire du diplôme visé verra sa demande écartée au moment de l’instruction du dossier par l’opérateur de compétences.

Durée, rythme et temps de formation

La durée de référence va de 6 à 12 mois. Elle peut être portée à 24 mois pour certains publics, notamment les demandeurs d’emploi de 26 ans et plus ou les personnes sans qualification reconnue, et jusqu’à 36 mois pour les personnes en situation de handicap. Le contrat peut aussi être signé en CDI : il commence alors par une période de professionnalisation, dont la durée est fixée par accord de branche.

Le volet formation n’est pas un accessoire. Il représente entre 15 % et 25 % de la durée totale du contrat, avec un minimum de 150 heures. Pour les publics les plus éloignés de l’emploi, un accord de branche peut relever ce plancher jusqu’à 450 heures. Ce temps se déroule pendant le temps de travail et il est rémunéré comme tel, ce que beaucoup de candidats ignorent au moment de négocier leur planning.

Le rythme dépend de l’organisme de formation retenu : deux jours en centre et trois jours en entreprise, une semaine sur deux, ou des regroupements plus longs. Ce point mérite d’être clarifié avant la signature, car il conditionne l’organisation personnelle et les déplacements.

Quelle rémunération pour un salarié en contrat de professionnalisation

Le salaire minimum est calculé en pourcentage du SMIC, ou du minimum conventionnel de branche s’il est plus favorable. Il dépend de deux critères : l’âge du bénéficiaire et le niveau de diplôme déjà obtenu.

Situation Rémunération minimale
Moins de 21 ans 55 % du SMIC
Moins de 21 ans, titulaire d’un baccalauréat professionnel ou d’un titre équivalent 65 % du SMIC
De 21 à 25 ans révolus 70 % du SMIC
De 21 à 25 ans révolus, titulaire d’un baccalauréat professionnel ou d’un titre équivalent 75 % du SMIC
26 ans et plus 100 % du SMIC, sans pouvoir être inférieur au minimum conventionnel

Une branche peut prévoir des montants plus élevés : la convention collective s’applique alors. Les aides publiques destinées aux employeurs évoluent régulièrement, il est donc prudent de vérifier le dispositif en vigueur auprès de l’opérateur de compétences ou de France Travail avant de construire un budget de recrutement.

Les démarches à mener, dans quel ordre et sous quel délai

Le calendrier est le premier motif de refus. Un dossier déposé trop tard ne peut plus être pris en charge, même si le candidat et l’entreprise sont parfaitement alignés.

  1. Définir la qualification visée avec l’opérateur de compétences, qui valide le principe et oriente vers un organisme de formation.
  2. Établir le contrat par écrit sur le formulaire prévu, en précisant la durée, le temps de formation, le tuteur et l’organisme retenu.
  3. Transmettre le dossier à l’opérateur de compétences dans les 5 jours ouvrables suivant le début d’exécution du contrat.
  4. Laisser l’opérateur instruire la demande de prise en charge financière et pédagogique.
  5. Désigner un tuteur et organiser concrètement l’accueil du salarié dans le service.

Le tuteur doit justifier d’au moins deux ans d’expérience dans la qualification concernée et disposer du temps nécessaire pour accompagner le bénéficiaire. Le nombre de salariés suivis simultanément est plafonné, ce qui impose parfois de répartir l’encadrement sur plusieurs collègues.

Obligations de l’employeur et du salarié

L’entreprise s’engage sur trois points : confier des tâches en lien direct avec la qualification préparée, libérer le salarié pour les sessions de formation, et assurer un suivi tutoral réel. Elle doit aussi verser la rémunération prévue et déclarer le contrat aux organismes sociaux comme tout autre contrat de travail.

De son côté, le bénéficiaire doit suivre les actions de formation, se présenter aux évaluations, respecter le règlement intérieur et les horaires, et signaler sans attendre toute difficulté qui pourrait compromettre le parcours. Un abandon en cours de route n’est pas neutre : il peut donner lieu à une rupture anticipée et laisse une trace dans le parcours professionnel.

Apprentissage ou professionnalisation : comment trancher

Les deux dispositifs reposent sur l’alternance, mais leurs logiques diffèrent. L’apprentissage vise d’abord l’obtention d’un diplôme par un jeune en formation initiale, avec un statut d’apprenti et une rémunération calculée sur un pourcentage du SMIC progressant avec l’ancienneté. Le contrat de professionnalisation cible davantage l’insertion ou le retour à l’emploi, avec une amplitude d’âge beaucoup plus large et une rémunération indexée sur l’âge et le diplôme.

Le choix se joue donc sur la situation personnelle : un lycéen ou un étudiant en formation initiale trouvera plus naturellement sa place en apprentissage, tandis qu’un adulte en reconversion, un demandeur d’emploi de longue durée ou une personne sans qualification se tournera vers le contrat de professionnalisation. Les deux peuvent conduire à une embauche durable.

Ce que le dispositif change après la formation

À l’issue du contrat, l’employeur n’a aucune obligation d’embaucher. Dans les faits, la poursuite en CDI est fréquente lorsque l’alternant a fait ses preuves, mais elle ne doit jamais être présentée comme acquise. Le bénéfice principal reste ailleurs : une qualification reconnue, une expérience professionnelle documentée et un réseau de contacts dans le secteur.

Le salarié sort du dispositif avec un vrai atout sur le marché du travail, à condition d’avoir conservé les preuves de son parcours : attestations, livret de suivi, évaluations, attestation de fin de formation. Ces documents pèsent lourd lors des candidatures suivantes, surtout pour un profil sans diplôme initial.

Peut-on signer un contrat de professionnalisation après 30 ans ?

Oui, sans limite d’âge supérieure, à condition de relever d’un public éligible : demandeur d’emploi de 26 ans et plus, bénéficiaire du revenu de solidarité active, de l’allocation de solidarité spécifique ou de l’allocation aux adultes handicapés, personne sans qualification reconnue ou en situation de handicap. La limite d’âge ne concerne donc que le cas général des jeunes de 16 à 25 ans révolus.

Que se passe-t-il si l’opérateur de compétences refuse le dossier ?

Le contrat reste juridiquement valable entre l’employeur et le salarié, mais il perd sa prise en charge financière et son cadre spécifique. Il est alors requalifié en contrat de droit commun, généralement en CDD. La solution consiste à corriger le motif du refus, qualification déjà détenue, dossier incomplet ou dépôt hors délai, puis à redéposer une demande si le calendrier le permet encore.

Un employeur peut-il écarter une candidature à cause de l’âge ?

Non. Les critères d’éligibilité fixent un cadre, mais aucun employeur ne peut refuser un candidat au seul motif de son âge, ni pendant le recrutement ni pendant le contrat. Un refus fondé sur ce critère relève d’une discrimination, que la personne concernée peut signaler.

Le contrat peut-il être rompu avant son terme ?

La rupture anticipée est possible dans des cas encadrés : accord écrit des deux parties, faute grave, force majeure, ou initiative du salarié pour suivre une autre formation ou signer un autre contrat. En dehors de ces situations, une rupture unilatérale expose son auteur à des conséquences financières. Mieux vaut donc documenter la difficulté avant d’agir.

Le salarié a-t-il droit à l’assurance chômage à la fin du contrat ?

La fin d’un CDD en contrat de professionnalisation ouvre droit à une inscription comme demandeur d’emploi et, sous conditions d’ancienneté et de durée d’affiliation, à une allocation. Le fonctionnement précis dépend de la situation individuelle et des règles en vigueur au moment de la fin du contrat.

L’auteur

Lucas Boutin

Chargé de recrutement en entreprise

Je monte des dossiers d’aide à l’embauche et j’échange régulièrement avec les services publics de l’emploi. J’explique ces mécanismes sans jargon, du point de vue de l’employeur.

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